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Comment réagir face au nombre croissant de pauvres dans la rue ?P. Bonnet

mercredi 17 février 2010, par Anne


Comment réagir face au nombre croissant de pauvres dans la rue ? Ne risque t-on pas d’encourager l’assistanat en leur donnant de l’argent ? N’est ce pas les encourager à le dépenser en boisson ?

Dans la rue…

Je n’ai vraiment pas de réponse satisfaisante à cette question. Certes, il y a une grande différence entre donner à quelqu’un qui fait la manche dans la rue et secourir quelqu’un qui vient vous voir chez vous, que vous avez - et prenez - le temps d’écouter, ou quelqu’un que vous allez visiter parce que vous connaissez sa situation et ses difficultés. Nous avons tous en mémoire des anecdotes, qui peuvent nous décourager de donner de l’argent à quelqu’un qui mendie. Un jour, pendant que j’étais séminariste à Rome, un homme à l’allure de clochard m’accoste dans la rue pour me demander de l’argent. Nous étions à deux pas d’une boulangerie, qui offrait, outre le pain et les viennoiseries classiques, d’excellents sandwichs. J’offre donc à cet homme d’entrer avec lui dans ce magasin et de lui payer ce qu’il désirait comme viatique : je me suis fait copieusement insulter. Il m’arrive de voir des hommes jeunes faire distraitement la manche tout en étant captivés par une longue conversation avec le moyen d’un élégant téléphone portable : cela n’encourage pas bien fort à faire l’aumône.

Pauvres authentiques et professionnels de la mendicité

La question qui reste posée est que l’on ne sait jamais si l’on a affaire à d’authentiques pauvres, à des professionnels de la mendicité ou à des personnes contraintes par d’autres à cette mendicité. En outre, il faut savoir qu’on ne peut pas toujours ordonner, canaliser notre affectif. Or, affectivement parlant, ne pas s’arrêter pour prendre contact ou ne pas donner à quelqu’un qui, par son discours, son écrit ou son attitude, fait part d’une détresse réelle ou…simulée, est toujours difficile.

C’est la raison pour laquelle il nous arrive de donner sans nous arrêter et sans chercher à savoir le bien ou le mal fondé de notre geste. Cela m’arrive à moi-même suffisamment de fois pour je me garde bien d’accuser ceux qui le font comme moi, de vouloir se donner bonne conscience.

Organisations caritatives

Un de mes amis, retraité après une longue carrière dans la police, me déconseille fortement de donner ainsi dans le métro, dans la rue ou dans les gares. Il est lui-même plongé jusqu’au cou dans les organisations de secours aux personnes en grande difficulté et engagé dans l’Eglise à ce titre. Son expérience professionnelle antérieure le conduit à penser que les « vrais pauvres » font très rarement la manche, qu’ils sont trop occupés à chercher à sortir de la misère en se démenant ou qu’ils l’assument péniblement dans la solitude. Lui, préfère recommander d’aider les conférences de St Vincent de Paul, Emmaüs ou le Secours Catholique, et autres organisations caritatives par notre action ou nos dons. Il a probablement raison, mais l’expérience m’a montré que je ne suis pas toujours ses conseils.

Compassion et prière aussi quand on donne dans la rue

J’essaie simplement, quand la compassion, peut être trop affective, me pousse à donner, d’y ajouter le sourire, une parole, et mentalement, une recommandation par la prière de la personne en question, à la bonté du Ciel. Ce n’est certainement pas une position ni un comportement forcément adéquats, mais nous ne lisons pas dans le cœur des autres comme le Christ , ou comme les grands saints et nous agissons bien comme nous le pouvons, avec nos limites et nos conditionnements psychologiques et sociaux.

Agir à la racine pour endiguer l’assistanat : soutenir la cellule familiale

Reste que la pauvreté croissante dans des pays globalement riches est inacceptable, que l’assistanat, a fortiori par l’Etat-providence, n’est pas une bonne solution et qu’il faut s’attaquer à ses causes profondes, la misère spirituelle, morale et culturelle des familles, ce qui implique que l’on fasse tout pour la pérennité de la cellule familiale. C’est sur ce chantier que tous les catholiques doivent se mobiliser, chacun avec ses charismes et ses possibilités, dans la vie politique, associative et ecclésiale. Pour répondre à la première question, oui, il nous faut réagir en ce sens.


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