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Homélie p. Gobillard sur Caritas in Veritate

mercredi 16 septembre 2009, par Anne


Plusieurs thèmes jalonnent les lectures d’aujourd’huiL

Le premier, c’est celui que nous offre le prophète Jérémie dans la lecture où il condamne violemment les bergers. Evidemment, nous sommes les premiers concernés, les pasteurs, quand nous lisons l’Evangile, nous devons nous sentir concernés. Mais à l’époque de Jésus, ce n’étaient pas les prêtres qui étaient concernés. Je suis désolé ! Même si je le prends aussi pour moi, cet evangile ! ce n’était pas les prêtres, c’étaient les rois.

Les rois, à l’image du Roi David, berger de son peuple, et c’étaient les prophètes qui étaient là comme des contre-pouvoirs puissants, pour rappeler aux rois de l’époque, aux gouvernants leur mission qui était le bien commun et le service de la communauté, de leur peuple. Leur première mission était de les aider, de les aimer, et de subvenir à leurs besoins.

Et Jérémie se révolte contre ces rois qui devraient être des bergers et qui étaient loin de l’être effectivement. A cette lecture fait écho l’Evangile où Jésus est pris de pitié pour cette foule comme des brebis sans bergers. Il voit leurs besoins, il voit leurs manques, et il est pris de compassion et de pitié pour eux, alors il les instruits.

C’est une bonne façon pour moi de vous parler de la dernière encyclique de Benoît XVI. Pour vous en parler, je vais d’abord donner quelques éléments de la présentation que lui-même en a faite. Benoît XVI dit qu’il faut des hommes justes en politique comme en économie, avant tout attentifs au bien commun. Et à propos des fléaux mondiaux, il a rapellé l’urgence qu’il y a à sensibiliser l’opinion publique au drame de la faim et à la sécurité alimentaire. Il faut traiter la question avec décision en éliminant les causes structurelles de cette situation et en favorisant le développement agricole des pays pauvres.

En outre, l’économie a besoin de l’éthique pour fonctionner correctement mais aussi du principe de gratuité et de la logique du don dans une économie de marché où le seul profit ne peut être la règle. ceci n’est possible que par un effort commun des économistes et des responsables politiques, des producteurs et des consommateurs et une formation des consciences pour recourir à des critères moraux dans tout projet politique ou économique. Il faut également un mode de vie nouveau pour l’humanité entière avec des devoirs correspondants à des droits, qui respectent l’environnement et la personne dans sa relation aux autres. Cette encyclique qui s’appelle Caritas in Veritate, la Charité dans la Vérité, est d’abord une encyclique sociale. Dans les différents présentations qui ont été faites de cette encyclique, certains ont insistés sur le rôle destructeur du bulldozer de l’économie où le profit est considéré comme la seule finalité, et à ce bulldozer de l’économie où le profit est considéré comme la seule finalité, la seule réponse, ajoutent certains commentateurs, le pansement du soutien social.

J’ai trouvé cela très intéressant. De voir que nous sommes effectivement dans une société blessée puisque la dimension sociale est davantage vécue comme un pansement, une guérison, que comme un élément structurel inscrit dans l’économie elle-même.

Alors, il y a plusieurs réflexions possibles. Evidemment, l’encyclique du Pape n’est pas un programme politique ou économique. Il insiste sur des questions essentielles, et la première , c’est la finalité, c’est l’homme, l’homme et la femme, l’humanité. L’humanisation, dit-il aussi.

Le pape souhaite l’homme et l’économie, l’homme et la politique. Cela tombe bien puisque dans la deuxième lecture, nous avons vu que le ministère du Christ, qui est prolongé par le ministère du Pape, est de réconcilier.Réconcilier non seulement les hommes entre eux mais aussi les différentes réalités pour le bien de l’humanité. Cela veut dire que de notre part nous avons l’obligation ou en tout cas le devoir de considérer toutes ces réalités politiques, économiques, sociales comme des choses importantes qu’il ne faut surtout pas négliger ou caricaturer parce qu’il en va du bien de la personne humaine.

Dans une attitude plus spirituelle, nous devons, pour prolonger cette demande du Saint Père, refuser deux types d’écueil : le fidéisme, qui voudrait croire que la grâce obtient tout et qu’il n’est pas nécessaire de s’intéresser aux réalités trop bassement matérielles, que ce n’est pas de notre domaine, que le Seigneur finalement va guérir tout, comme s’il agissait directement sur l’économie, alors qu’il me semble qu’il compte plutôt sur nous et sur notre capacité d’inventer, de créer en lien avec une finalité. Le fidéisme, c’est aussi considérer que la raison n’a pas sa place dans la vie chrétienne, que finalement, on peut croire sans trop comprendre et qu’il n’est pas nécessaire de faire avancer la recherche. Que la foi suffit. Nous avons besoin du concours de toute l’humanité dans le domaine de la recherche à condition toujours que cette recherche soit finalisée.

L’autre écueil, évidemment, c’est ce qu’on pourrait appeler le scientisme : croire que cette recherche, ces biens matériels, sont la véritable finalité de l’humanité. Il n’est pas nécessaire de développer cet écueil que nous connaissons bien, c’est un écueil dans lequel nous sommes tombés, de façon directe ou indirecte à travers même les totalitarismes qui nous ont entourés tout au long du XXeme siècle et qui continuent de le faire. Est-ce que d’ailleurs le Pape n’est pas en train de signifier qu’un nouveau totalitarisme est en train de naître ? le totalitarisme du profit, indépendamment de toute autre finalité. Supprimer toute référence religieuse, même en économie, c’est prendre le risque de l’idolatrie, de l’idolatrie qui peut conduire au totalitarisme. Nous avons vu au XXeme siècle que a plupart des grandes idéologies totalitaires étaient athées. Cette dimension de la personne humaine, cette dimension profondément spirituelle, cette aspiration à la vie spirituelle est une nécessité non seulement pour la vie même de l’homme mais pour l’équilibre aussi de la société.

Pourquoi ? Parce que la foi supprime l’idolatrie, et la première idolatrie dans laquelle nous risqons de tomber, c’est l’idolatrie de l’argent. On le voit dans la Parole de Dieu : la Parole de Dieu s’est opposée à l’idolatrie du veau d’or. La référence à Dieu nous permet aussi d’échapper à l’orgueil de nous croire supérieur à tout. L’orgueil profond de l’homme, c’est qu’il va croire finalement qu’il est le créateur, de tout ce qui l’entoure, de la société, de l’économie, de la politique, au point que si on l’entretient trop dans cette illusion, il va se croire tout puissant.

Voilà, il faut donc des chrétiens qui aient lu Caritas in Veritate et qui l’appliquent, pour sortir de la tyrannie du seul profit et pour que la Charité du Christ soit manifestée aussi dans le monde de l’économie.

Père Emmanuel Gobillard

voir également Rubrique Caritas in Veritate, article par article.


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