Le sanctuaire

Anne Marie BuffetAU SIECLE dernier, Espaly était un village rural dont les habitants, de bon matin, déposaient à la porte des maisons du Puy le lait de leurs vaches. Les jeunes femmes « espaviotes » avaient la réputation de lavandières solides et truculentes. Les plus âgées maniaient le carreau et les fuseaux d’où tombait gracieusement la dentelle :elles faisaient ce qu’on appelait le « couvige », attroupées contre la fenêtre ou dehors, dans les fonds de quartier les plus lumineux.

Quelques familles troglodytes habitaient le rocher. Une excavation suffisamment profonde leur suffisait, et quelques trous pratiqués à même la roche abritaient la lampe, la chaufferette ou le pot de grès.

Au sommet, les grottes mises à découvert par la chute des murailles du château proposaient leur abri aux plus pauvres. En 1855, l’une de ces grottes protégeait des frimas une « vieille fille », Pélagie Séjalon, qui partageait son temps entre le chapelet et la dentelle (qui lui rapportait bien 4 ou 5 sous par jour !). Elle avait une compagne assidue, pétrie de foi et de bonté : Anne-Marie Buffet. Pauvre parmi les pauvres, Anne-Marie vivait « de rien », comme toutes les « béates », nombreuses en Haute-Loire, qui menaient une vie monastique, vivaient de menus travaux et de charité, assis­taient les malades, chérissaient les enfants, veillaient les agonisants, et rappelaient avec insistance les principes moraux et les obligations religieuses. Dans chaque village, les paysans leur avaient bâti, de leurs mains, une « assemblée » surmontée d’une cloche qui sonnait la prière.

Anne-Marie assistait souvent aux offices de la Cathédrale du Puy. Près de la tour Pannessac, elle ramassa sur les pavés une image, simple et naïve, de Saint Joseph. Ce fut pour elle un signe du ciel. Elle l’installa dans une anfractuosité du roc, parmi les ruines de l’ancien château-fort. Les deux amies invitèrent les personnes pieuses à venir prier. Puis ce fut une statuette de plâtre, qui trônait dans la grotte, sur la planche de la cruche, devant un lambeau de tapisserie retiré des décombres d’une maison. C’est ainsi que commença le destin nouveau du site, qui deviendrait un des sanctuaires les plus importants dédié à Saint Joseph : Le sanctuaire Saint Joseph de Bon Espoir.

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