Saint Joseph, gardien des mystères du salut

Conférence prononcée par Don Thomas Diradourian, recteur du sanctuaire d’Espaly, le 19 mars 2015. Extraits.

En cette solennité de saint Joseph, la liturgie de l’Eglise rappelle à Dieu qu’il a « confié le commencement des mystères du salut à la garde et à la foi du bienheureux Joseph ». C’est ce même titre de « gardien » que saint JEAN PAUL II avait choisi pour intituler son encyclique de 1989, consacrée à saint Joseph : « Redemptoris custos », le« gardien du Rédempteur». Voilà le plus profond de sa mission : Joseph est le « gardien des mystères du salut». Ces mystères du salut, saint Joseph à la fois les voile et les révèle: il les garde voilés, car ce sont des mystères, mais il les fait connaître, car ils nous sont destinés! C’est le paradoxe de saint Joseph d’être à la fois celui qui montre et celui qui cache, celui qui « révèle » le mystère mais qui jamais ne le « dévoile ».

Joseph, ombre du Père

En 1657, BOSSUET prononçait un fameux Panégyrique de saint Joseph. Il affirmait qu’il y a, dans la vie chrétienne, deux vocations essentielles, celle des apôtres et celle de saint Joseph : Les apôtres sont des lumières pour faire voir Jésus-Christ au monde; Joseph est un voile pour le couvrir, et sous ce voile mystérieux on nous cache la virginité de Marie et la grandeDont Thomasur du Sauveur des âmes.

La manière pour saint Joseph de participer à la Révélation, c’est de voiler les mystères. Au fond, « Joseph cache pour mieux révéler» (A. Doze). Si saint Joseph est l’homme de la vie cachée, l’homme du silence et du retrait, ce n’est pas en raison d’une indigence de moyens, d’un manque d’éloquence, ou de la place secondaire qu’il occuperait par rapport à la Vierge Marie. Saint Joseph cache le mystère, et le révèle en le cachant, pour deux raisons essentielles. La première, c’est que saint Joseph est le père terrestre de Jésus. Or un père terrestre n’est jamais qu’un représentant visible de Celui dont saint Paul dit: « Je fléchis les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom» (Ep 3, 14). Un père terrestre qui se mettrait en avant avec puissance, s’attribuant la paternité de ses enfants, réclamant qu’ils leur soient soumis ou qu’il leur ressemble en tout, un tel père s’approprierait la paternité de Dieu. La mission d’un père charnel, et partant celle de saint Joseph,, consiste à n’être que « l’ombre de Dieu le Père ». L’ombre cache la lumiè1·e, en même temps que, par contraste, elle la fait deviner. Joseph, ainsi, garde caché le visage de Dieu le Père, en même temps que, par contraste, il le fait deviner à Jésus car- c’est un grand mystère! – Jésus, dans son humanité en tout semblable à la nôtre, particulièrement dans le temps de son enfance, a dû apprendre à connaître le visage de son Père. Jésus, pour ainsi dire, a deviné peu à peu les traits de son Père éternel en contemplant les traits de son père terrestre.

Joseph, image du Père

Un autre grand spirituel du XVllème siècle, que nous connaissons bien au Puy puisqu’il y a fondé l’un des premiers séminaires de France, Jean-Jacques OLIER, l’a exprimé d’une manière indépassable : L’admirable saint Joseph fut donné à la terre pour exprimer les perfections adorables de Dieu le Père. Dans sa seule personne il portait ses beautés, sa pureté, son amour, sa sagesse et sa prudence, sa miséricorde et sa compassion. Un seul saint est destiné pour représenter Dieu le Père. Le Père s’étant choisi ce Saint pour en faire sur la terre son image, il lui donne avec lui une ressemblance de sa nature invisible et cachée.

En étant, pour Jésus, « l’ombre et l’image de Dieu le Père », Joseph à la fois respecte le mystère de Dieu et apprend à Jésus à découvrir, avec ses yeux et son intelligence de petit garçon, qui est vraiment son Père: un Père juste et bon, un Père aimant et provident, un Père jamais possessif, un Père qui, en quelque sorte, se laisse adopter par ses enfants.

Joseph, ombre bienfaisante

Enfin, qui dit « ombre », dit aussi « présence environnante ». Être l’ombre de Dieu sur un enfant, c’est manifester sur lui la présence protectrice de Dieu, qui étend sa main pour le garder à l’abri de son ombre. Voilà encore la mission d’un père, et celle de saint Joseph. C’est la seconde raison pour laquelle Joseph révèle les mystères en les cachant. Joseph ne révèle pas la paternité de Dieu à la manière d’un apôtre, qui la proclame haut et fort; lui nous la fait sentir, en nous prenant sous son ombre, comme il a pris Jésus sous le pan de son manteau. Par ce simple geste, que nous voyons représenté sur de nombreux tableaux, nous éprouvons la puissance protectrice de Dieu. N’est-ce pas ce que nous venons chercher en nous abritant à l’ombre de la grotte d’Espaly?

Nous venons, dans la pénombre, nous mettre à l’abri du manteau de saint Joseph, abriter près de lui nos souffrances ou nos désirs intimes, profiter un moment de sa protection bienveillante. Vraiment, saint Joseph révèle le mystère de Dieu en étendant sur lui un voile protecteur, afin que nous le dévoilions peu à peu, en respectant la loi de la révélation progressive du Royaume de Dieu. Oue savons-nous, pour conclure, du nom de Joseph? En hébreu, il pourrait dire à la fois « Dieu a enlevé » ou bien « Dieu a rajouté ». N’est-ce pas là le paradoxe de saint Joseph? Par lui, Dieu enlève pour rajouter, il cache, mais pour mieux montrer. Par la justice parlante et l’éloquent silence de saint Joseph, « Dieu enlève » tout ce qui risque de profaner, de rabaisser, de réduire les mystères du salut, et « Dieu ajoute » sur ces mystères si profonds la pure lumière de la foi.

 

Publié dans Conférences, enseignements.